Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Scène française : l'adversaire intérieur

Publié le 25 Juillet 2014

La scène du jeu vidéo française est-elle minée de l'intérieur? C'est en tout cas ce que j'entends démontrer dans cet article, en partant d'un constat relativement simple: peu de jeux français ont réellement brillé dans les rayons ces dernières années. Les causes de cette stagnation sont des causes bien françaises qui trahissent un manque d'assurance, d'ambition, et de créativité.

1 Un Etat phagocyte et paraplégique

C'est un des lieux communs les plus fréquents, une conversation de café, diront certains. La complexité des démarches administratives en France freine la création d'entreprises, y compris dans le jeu vidéo. Il ne s'agit pas uniquement d'une question de coût financier, mais aussi de coût humain. Le temps consacré à batailler avec des démarches ineptes n'est pas consacré à améliorer ou développer un jeu. Cette situation est vécue avec amertume, révolte, et fatalisme et dépasse les clivages politiques qui de toute façon n'ont plus le moindre sens dans une société qui s'est évertué à détruire morceau par morceau tout sens idéologique, politique ou religieux. Mais il s'agit là d'un autre sujet sur lequel je ne m'étendrai pas ici. Dans un tel contexte, comment s'étonner que des individualités riches et porteuses d'idées désertent une nation qui leur ferme toutes les portes? C'est un réflexe de survie, un geste de désespoir d'ailleurs souvent malvécu par les expatriés. Mais il ne s'agit pas là du seul problème du jeu vidéo français. Un autre adversaire, plus insidieux, sape toute perspective de progrès. Cet adversaire est en fait un allié.

2 Avec de tels amis...

Le second adversaire du jeu vidéo français, ce sont ceux qui essaient de le promouvoir. Laissons un instant le jeu vidéo français de côté pour jeter un coup d'œil à ce qui se passe dans le domaine sportif. Au tennis, la coupe de Roland-Garros n'a pas été remportée par un Français depuis plus de vingt ans. Et pourtant, chaque année, les commentateurs parviennent à faire passer des contre-performances abyssales pour de véritables exploits. Etre français octroie un droit à l'indulgence acquis. Se satisfaisant du médiocre, les commentateurs, par peur sans doute d'être grillés dans le milieu, n'osent pas pointer du doigt des faiblesses et lacunes évidentes. Il en va de même dans le jeu vidéo français. Des jeux objectivement médiocres sont surnotés à l'excès. Pour ne pas décourager peut-être. Il n'empêche que le joueur moyen considère la scène française, au mieux avec une circonspection polie, muette mais lourde de sous-entendus, au pire avec indifférence. Un indicateur flagrant de ce problème est l'attribution du verdict "bon" dans les previews de jeux video.com. Si ce verdict semble de prime abord de nature à encourager, il évoque en fait, implicitement, un jeu jugé moyen. 99%des jeux jugés "bons" connaissent de fait un échec commercial à leur sortie. Dans le même temps, ce verdict permet de ne pas froisser. On pourra me citer en contre-exemple Ubisoft, mais soyons honnêtes, cet éditeur n'a à l'heure actuelle plus rien de français, et bénéficie malgré tout de cette clémence. Les Assassin'screed(que j'apprécie pour passer le temps, mais sans en garder un souvenir inoubliable) illustrent clairement cette attitude. Les derniers retournements de veste sur les épisodes les plus récents ne sont là que pour donner une apparence d'indépendance qui n'existe pas. Le manque de renouvellement de la série était porté en germe dès les tous premiers épisodes, ce que n'ont pas manqué de souligner des joueurs, mais que la plupart des journaux ont vertement ignoré.

Des choix malheureux

C'est le dernier point, et sans doute le plus important, de ma critique. Les développeurs français, notamment ceux qui essaient de surfer sur la vague indé, choisissent assez mal le type de jeux qu'ils veulent développer. Je trouve par exemple qu'il est suicidaire de vouloir développer un jeu FPS quand on est un indépendant, et que ce genre nécessite des moyens énormes, une mise en scène conséquente(parce que beaucoup de joueurs veulent de l'histoire, du spectacle, de l'émotion, des explosions) et une identité très forte. Et si d'aventure le développeur veut toucher un public de "niche" avec ses fps, pas de bol, ce secteur là est aussi bouché par de sérieux clients. C'est aussi valable pour les jeux de course, qui ne pourront rivaliser avec du Gran Turismo ou du Forza.

Alors me direz-vous, mais quels genres de jeu devraient-ils développer? Ceux que l'on attend pas. Papers Please est l'exemple même d'un jeu extraordinairement innovant avec un concept simple(vous jouez un douanier affecté à la frontière d'une dictature slave) une identité forte et un bon scénario, sans prétention, mais sympathique. Il faut renoncer à l'idée, en tant qu'indépendant, de vouloir se hisser à la crinière du lion. Hard Reset en est le plus bel exemple. Développé par un studio polonais, le titre propose des graphismes digne d'un jeu à grand budget mais souffre d'un scénario inexistant, d'une difficulté mal équilibré et d'une optimisation médiocre. La situation est semblable pour un jeu comme Divine Cybermancy, que je n'aurais demandé qu'à apprécier, mais qui m'a véritablement rebuté par son aspect graphique. J'ai laissé le jeu de côté et j'y rejouerai dans quelques temps en espérant changer d'avis(mais avec quelques doutes).

Il y a des genres qui ne demandent qu'à être découverts, inventés, d'autres qui attendent une résurrection véritable(les beat them up old school, encore assez peu présents malgré des tentatives très réussies comme Oniken ou Shanks), et dans lesquels les développeurs français peuvent avoir leur mot à dire.

Conclusion

Pour sauver le jeu vidéo français, il faut développer des jeux vidéo en oubliant que l'on est français. Se débarrasser des maniérismes franco-français, innover et tenter, malgré tout, de faire bouger l'Etat français. Il faut agir pour ce faire par le biais des moyens modernes de communication. Internet est sans doute à l'heure actuelle la plus grosse arme de destruction massive, une arme qui peut être utilisée en bien comme en mal, déclencher des révolutions, broyer des individus, promouvoir des causes nobles ou au contraire des partis douteux; qui sait, si , demain, la troisième guerre mondiale n'arrivera pas par Internet. Une perspective absurde et qui prête à rire, et qui je vous le souhaite restera improbable. Mais pour ce qui est du jeu vidéo je maintiens et martèle ceci, à savoir que ll'industrie française a là un outil formidable pour donner un gros coup de pied dans la fourmilière.... qui se reformera sans doute immédiatement, mais qui sera mise en difficulté si vous n'êtes pas les seuls à donner du pied.

Commenter cet article